Convertir son ancienne en voiture électrique, utopie ou réalité ? En tous cas, les start-ups spécialisées se multiplient, un texte de loi devrait autoriser en France le « retrofit » en 2020 et la pression médiatique autour de l’électrique fait le reste : impossible de ne pas aborder le sujet !

La culpabilisation de l’automobiliste « thermique » bat son plein et les médias nous abreuvent de propagande pour la « transition environnementale » avec en fer de lance la voiture électrique, soi-disant bardée de toutes les vertus.

Les conditions d’accès aux centre-villes vont devenir de plus en plus difficiles pour les véhicules les plus polluants. Pour l’instant, les possesseurs d’une carte grise collection sont épargnés grâce à une dérogation, mais il sera de plus en plus difficile pour l’opinion d’accepter qu’une 205 XRD de 1984, immatriculée en CG Collection, ai le droit de circuler en vomissant ses torrents de particules noires quand on interdira en 2022 au possesseur d’une voiture « Critair’3 » nettement plus récente et moins polluante de circuler.

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Des entreprises ont donc imaginé le « retrofit », un angliscisme qui désigne la conversion d’une voiture thermique ancienne en véhicule électrique. Ainsi, on rentabilise une voiture déjà bien utilisée et qui ne mérite pas la casse en lui permettant de rouler en mode « zero emission »

Les Etats-Unis ont déjà lancé les hostilités en autorisant cette pratique, la France reste très frileuse et les homologations sont encore très difficiles à obtenir…

Jaguar a senti venir le vent et a présenté une Type E « Zero » … qui a vocation à être commercialisé courant 2020.
Aston Martin a répliqué en proposant aux propriétaires de DB4 et autres DB5 de troquer le mythique six cylindres en ligne pour un bloc 100 % électrique… mais pour l’instant, ça reste de la comm. destinée à « verdir » l’image de ces constructeurs qui ont des obligations à tenir en terme d’électrification …

En France, plusieurs sociétés de « retrofit » regroupées au sein de l’association AIRe (Acteurs de l’Industrie du Retrofit électrique) militent pour autoriser cette pratique, aujourd’hui quasiment impossible (en fait, c’est uniquement possible en limitant la puissance à 20cv et en déclassant la voiture dans la catégorie « quad lourd »). La trentaine de voitures converties qui circulent dans l’Hexagone n’ont pas été homologuées et sont considérées comme des prototypes, circulant sous le régime du W garage.

Mais la Loi sur les Mobilités devrait autoriser l’homologation de la conversion des véhicules anciens, courant 1er trimestre 2020, dans un cadre plus large.

La nouvelle loi sur les Mobilités

Cette nouvelle loi (elle reste à promulguer) autoriserai la conversion électrique des véhicules anciens dans les limites suivantes : augmentation de poids maximum de 10% par essieu et puissance ne dépassant pas la puissance d’origine. Ces informations nous ont été communiquées par le Président de l’AIRe et seront à vérifier lorsque le texte aura été publié.

La voiture convertie conserverait sa marque et son modèle d’origine, seule la source d’énergie serait modifiée. Le retour AR est théoriquement possible « la loi ne l’interdit pas ». Mais si c’est comme pour quitter la CG Collection, c’est pas gagné.

Les offres de conversion

Nous avons interrogé Arnaud Pigounides, patron de l’entreprise « RetroFuture » et président de l’association Acteurs de l’Industrie du Retrofit électrique, afin d’en savoir plus sur ces conversions. Retrofuture propose des solutions pour des véhicules allant de la Fiat 500 à la Rolls Royce Silver Shadow, en passant par la Porsche 911 ou la Ford Mustang.

Globalement, l’intégrité du véhicule est préservé au maximum et les batteries sont installées « à la place du réservoir et où on peut, en fonction de l’architecture de la voiture et des contraintes sécuritaires ». Il est aisé de comprendre que sur une citadine type Mini ou Fiat 500 il ne faudra pas rêver d’autonomie démesurée, faute de place pour les batteries. Une grosse centaine de km au mieux. Mais sur une Mustang, une 911 … on peut espérer 180 à 220 km d’autonomie et des performances similaires à celles d’origine. Un upgrade des freins et des suspensions est au programme de la plupart des conversions. Logique…

Et les prix ?

La conversion revient à 20.000 euros pour une Mini ou une Fiat 500 pour aller jusqu’à 60.000 euros pour une 911 ou une Rolls Royce Spur. Le véhicule est fourni par Retrofuture.
Le tarif de base peut évoluer à la hausse avec un pack batteries plus musclé, des instruments électroniques ou tactiles, etc …

Contrairement aux solutions modernes électriques sans boite de vitesse, le rétrofit conserve la transmission et la boite des voitures converties. A voir avec le temps comment boites et embrayages se comporteront avec le couple réputé élevé des moteurs électriques. Du coté de la recharge, en standard c’est une recharge sur prise domestique + connecteur Type 2 européen mais en option, il est possible d’adapter le protocole de recharge si l’on dispose d’une borne avec un autre protocole à proximité.

Les promoteurs de la conversion affirment « Il y a une vraie demande de la part des propriétaires de vieilles voitures ». Evidemment, ils ne vont pas dire l’inverse. Mais c’est tout de même un peu de la méthode Coué…

Les questions qui perdurent

La première remarque qui nous vient à l’esprit, chez Autocollec, c’est que la mécanique d’une voiture, c’est son ADN. Remplacer le V8 d’une Mustang, le flat-6 d’une 911, le 12 cylindres d’une Jaguar, le 4-en-ligne d’une Triumph pour leur greffer un moteur électrique est pour nous une hérésie. Posséder une voiture de collection, c’est faire perdurer un patrimoine technique, esthétique et représentatif d’une époque.

D’aucuns nous opposeront « le coût » en carburant de nos anciennes. A 20.000 euros la Fiat 500 ou la Mini, on est sur des montants vraiment élevés qui permettent de financer bien des pleins de la version thermique équivalente.
D’aucuns nous opposeront « la fiabilité » de l’électrique par rapport au moteur thermique. Mais c’est oublier qu’une voiture bien entretenue et bien réglée démarre au 1/4 de tour, même agée de 60 ans. Sans parler de l’aléa de recharge.

La question de la valeur d’un véhicule converti va également se poser : Une Porsche convertie a-t-elle la même valeur de marché que la Porsche originelle ? On sait que l’état d’origine est ce qui conditionne le plus la valeur d’un véhicule de collection !
Un autre point à clarifier. Si les possibilités d’homologation devraient être réglées par la nouvelle Loi sur les Mobilités, il semblerait que les offres d’assurance pour les véhicules convertis soient pour le moment quasiment inexistantes.

Enfin, dans le cas de Retrofuture, l’offre est « tout compris ». Ils fournissent la voiture, pas question pour le moment de venir avec sa voiture à convertir.

En conclusion

Le point positif, c’est que l’on va arrêter de parler pour rien : l’homologation rendue possible permettra de faire la part des choses et de voir si il y a vraiment un marché pour la conversion des voitures anciennes.

En l’état actuel de l’offre, le retrofit électrique nous parait encore onéreux. Surtout, et toujours, pour une autonomie très limitée. Si ces start-ups arrivent à réduire leurs prix et à bénéficier des subventions, le rétrofit peut devenir une solution crédible.

Enfin, un des gros points relatif à la conversion électrique reste la possibilité avérée ou pas de pouvoir revenir facilement à la configuration d’origine, en récupérant son moteur thermique afin de préserver la valeur vénale de la voiture…