Lancée en 1958, la Rover P5 est considérée par beaucoup comme la dernière véritable Rover de la vieille école. Allure exceptionnelle sur la route, élégante malgré son volume, intérieur « Club Lounge » magnifique, six cylindres soyeux et coupleux ou V8 musclé, la Rover P5 est une référence de style britannique jouant dans la même cour que la Jaguar type S.

Berline Rover P5 Saloon

Première monocoque de la gamme Rover, la P5 se présentait sous la forme d’une berline à quatre portes et à cinq places. En 1962, la berline « Saloon » était rejointe par un nouveau « coupé à quatre portes » avec une ligne de toit abaissée de 2,5 pouces (6,3 cm)et une ligne plus fluide.

Dès sa sortie, la P5 ciblait la clientèle bourgeoise et aristocratique de la société anglaise. Chromes et peinture bicolore, sièges en cuir Connoly et intérieur bois… une dotation d’entrée de gamme inimaginable chez nous mais Rover visait explicitement une clientèle conservatrice ! La reine a apprécié ses P5 et un lot d’exemplaires neufs furent conservés après l’arrêt de la production en 1973 pour les usages ministériels et officiels. En 1979, Margaret Thatcher à emménagé à Downing Street dans une Rover P5 « Saloon ». Un total de 69.141 exemplaires de P5 furent fabriqués sur les 15 années de production.

Rover P5 coupe

La moquette est épaisse et généreuse, la planche de bord classique avec deux gros cadrans et des interrupteurs à bascule « So British ». Mais ce qui frappe, c’est le confort, le silence de fonctionnement et la douceur de l’ensemble. On se sent immédiatement dans l’ambiance. L’intérieur de la P5 a la même odeur qu’une bibliothèque ou un salon anglais bien entretenu : des senteurs de bois et le cuir entremêlées. A l’arrière, l’immense banquette invite au voyage, tout comme la généreuse malle arrière. La fermeture des ouvrants rend lce bruit sourd et rassurant des « belles » berlines luxueuses.

Coté mécanique

Les P5 ont bénéficié de deux motorisations : un six cylindres 3.0 de Rover et un V8 d’origine Buick. Le six cylindres Rover est de conception « crossflow » à admission latérale et échappement latéral. Pour la P5, il est porté à 3.0 litre de cylindrée, compte-tenu du poids respectable de la voiture. Ce moteur à 7 paliers est lisse et onctueux avec une sonorité très sympa. Cette mécanique est très robuste et coupleuse. Ce 3.0 délivre 114 cv jusqu’en 1961 puis 134cv à partir de 1962 grâce à une nouvelle culasse Weslake.

Moteur 6 cylindres Rover P5 3.0

Lors d’un voyage aux Etats-Unis, W. Martin-Hurst directeur de Rover découvre le moteur « 215 » GM, qui équipe l’Oldsmobile F85 et la Buick Special. Ce bloc a les dimensions idéales pour entrer sous les capots de la P5. Après diverses modifications (dont l’adoption de deux carburateurs SU), ce moteur 3.5 s’installe sous le capot de la P5 qui devient alors la P5B (pour Buick). Les nouvelles performances de cette mécanique de 184cv éclipsent les précédentes versions… La Rover P5B a donc la particularité d’être la première Rover à être équipée du moteur V8 d’origine Buick qui équipera de nombreuses Rover…

Moteur V8 Buick 3.5

A noter deux versions 6 cylindres destinées à des marché spécifiques : 2,6l (115cv) apparue en 1962 pour la France et le Nigéria et 2,4l (particulièrement rare) pour l’Autriche.

Les P5 en 6 cylindres reçoivent une boite manuelle 4 vitesses + overdrive démultipliant la 4eme ou en option une boite automatique 3 vitesses Borg-Warner. Les V8 sont exclusivement équipées de la boite automatique. Généralement, ces boîtes de vitesses sont fiables et onctueuses à l’usage, pour peu qu’elles soient régulièrement vidangées

La P5 reçoit des suspensions arrière à lames mais conserve un confort remarquable, même si des tressautements peuvent être ressentis sur des revêtements en mauvais état. Le train avant est plus moderne, avec notamment des ressorts hélicoidaux et une barre anti-dévers. La direction à boitier galet/vis est équipée d’un dispostif d’assistance qui la rend très légère. C’est un des points faibles de la P5, ce boitier ayant tendance à s’user au fil des ans.

Rover P5 cuir Connoly

Le freinage est des plus conventionnels, avec des disques à l’avant et des tambours derrière, l’ensemble bénéficiant d’une assistance à circuit unique également très conventionnel. L’ensemble est efficace et fiable pour l’usage auquel est destiné ce véhicule.

On notera également que les premières installations électriques de la P5 étaient avec masse positive. Globalement, la présence d’une dynamo indique une voiture avec masse positive …

La Rover P5 aujourd’hui :

Peu connue, relativement rare, encore abordable, la Rover P5 est une voiture sur laquelle on se retourne et une espèce en voie de disparition : la classe sans ostentation. Elle ne manque pas d’atouts :

  • 134 à 184 cv dans les années 60, ce n’était pas donné à tout le monde.
  • Une carrosserie « coupé » à 4 portes
  • Un confort et un silence de fonctionnement exceptionnels
  • Une direction assistée et des mécaniques nobles
Cuir Conoly Rover P5

Le marché privilégie la carrosserie « Coupé » et la mécanique V8. A l’opposé, une berline « Saloon » en 6 cylindres peut se révêler être une superbe affaire, à la condition impérative que la carrosserie ne demande pas de travaux structurels. Attention aux voitures à restaurer : le coût de restauration dépassera largement la valeur vénale de la voiture.
Evidemment, les modèles en conduite à droite sont les plus répandues et, si on peut s’en satisfaire, ce n’est pas marrant au quotidien. Mais on peut trouver des modèles Left Hand Drive en dehors du Royaume Uni …

La cote :

La P5B Coupé avec moteur V8 3.5 est donc la plus demandée dans la gamme P5 et le ticket d’entrée est actuellement autour de 17.000 euros pour un exemplaire en bon état d’origine, sans gros travaux à prévoir. Un modèle ayant bénéficié d’une restauration totale pourra atteindre 25 ou 30.000 euros, et l’on va trouver entre ces deux chiffres l’essentiel du marché. La différence de valeur se joue essentiellement sur l’état de l’intérieur et de la mécanique, en fonction des sommes à investir

Rover P5 coupé

A l’opposé du marché, on retrouve la 3.0 Saloon (si on exclue les marginales 2.6 françaises) qui peut se révéler une excellente opportunité. Le marché démarre autour de 13.000 euros pour une voiture en bon état d’origine pour plafonner autour de 20.000 euros pour une berline restaurée. Assez logiquement, le coupé 3.0 s’intercale entre les deux extrèmes, avec une fourchette de prix s’étirant de 15 à 22.000 euros

Tendance :

A la hausse.

Notre choix :

Pour la Rover P5, nous jouons la carte de la bonne affaire, en ciblant une berline « Saloon » LHD en 3.0. Nous jetons notre dévolu sur ce modèle de 1966 à la carrosserie parfaitement restaurée et disposant d’un intérieur en superbe état. La mécanique d’origine est en parfait état de fonctionnement, bien que n’ayant pas été restaurée. Cette P5 démarre sans problème, le moteur ronronne comme un gros matou, la boite manuelle fonctionne parfaitement et l’overdrive s’engage sans hésitation. L’ensembre roule remarquablement aux vitesses légales et dans un silence incroyable pour une voiture de plus de 50 ans. Cet exemplaire vient de changer de mais pour moins de 17.000 euros. Difficile de trouver une voiture de cette gamme plus belle, à ce niveau de prix…