Ce dossier a été rédigé il y a 3 années. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète. Lisez-le en gardant son âge en tête, surtout si il aborde des éléments financiers ou réglementaires ! Merci ...

En 1966, Jensen (constructeur anglais spécialisée dans la carrosserie automobile de grand luxe et pour avoir produit les premières Volvo P1800) rejoint les sentiers de la gloire avec l’Interceptor, un coupé grand tourisme propulsé par le V8 Chrysler Typhoon de 6.3 litres de cylindrée.

La carrosserie, signée des carrossiers milanais Touring et Vignale fut initialement imaginée en fibre de verre, mais finalement réalisée en tôle d’acier et montée sur un cadre tubulaire soudé directement sur le châssis. Cette opération était confiée à Vignale en Italie dans un premier temps, avant que la production ne soit rapatriée en Angleterre à l’usine Jensen où arrivaient les panneaux emboutis et peints en Italie.

Jensen Interceptor

La ligne de l’Interceptor est très réussie et offre un avant à la fois moderne et rétro, typiquemnt dans l’esprit de la fin des années 60, qui fait indéniablement penser à l’Aston Martin DBS. L’arrière présente une grande « bulle » futuriste. L’intérieur est typiquement dans la lignée des grandes GT italiennes, avec de confortables fauteuils en cuir, un volant 3 branches et une instrumentation des plus complètes. Les chromes abondent autour des fenêtres, de la lunette AR et des bas de caisse. Les luxueuses moquettes en laine Wilton, la finition manuelle et le cuir Connolly omniprésent font que l’Interceptor repousse les plus hauts standards de la finition à l’anglaise.

Jensen Interceptor

La mécanique Chrysler développe environ 335 cv SAE (puissance à la sortie de vilebrequin) à 4600 tr/min. Associé à une boîte automatique « Torqueflite » à 3 rapports, ou à une boîte manuelle à 4 rapports, ce gros V8 offrait à la fois le confort d’un coupé 2+2 luxueux et les performances des meilleures sportives de l’époque telles que les Jaguar Type E, Aston DB6 et Porsche 911 S avec 220 km/h en pointe et un 0-100 km/h abattu en 6,5 secondes. Rançon de ces performances, une consommation pantagruélique de 20 à 25 litres aux 100 ! Mais comme tout V8 américain, ce moteur délivre une sonorité magique à l’accélération !

Moteur Jensen Interceptor

L’Interceptor reprend l’essentiel du chassis de son ainée CV8 : un essieu arrière rigide et des ressorts semi-éliptiques complétés par une barre Panhard. Les amortisseurs Armstrong Selectaride sont réglables en dureté depuis l’habitacle. La direction assistée et les quatre freins à disques complètent le dispositif en étant chargés de faire oublier les 1.675 kg de la voiture. La tenue de route est très saine, faisant de la Jensen Interceptor une formidable machine dévorer les kilomètres, à des moyennes incroyables. En ville, la souplesse du V8 permet de se sortir de toutes les situations

En 1967, Jensen se singularise en offrant à l’Interceptor une transmission à quatre roues motrices dénommée FF (pour Ferguson Formula), bien avant l’Audi Quattro, et un système d’antiblocage des freins Dunlop « Maxaret » dérivé du système DSA utilisé par Boeing, bien avant l’ABS de Mercedes. La transmission FF avait été développé pour le compte de McLaren qui le considéra finalement trop lourd. Jensen racheta le brevet et adapta le système sur l’Interceptor. La production de l’Interceptor FF resta marginale puisque de 1967 à 1971, seuls 320 exemplaires furent écoulés

Jensen Interceptor

En octobre 1969, l’Interceptor standard bénéficie d’une première évolution notable : suspension avant et le freinage sont améliorés avec des étriers Girling 3 pistons remplaçant les Dunlop à 2 pistons. Les feux arrière sont plus larges, les pare-chocs plus fins et la planche de bord est totalement redessinée avec une large casquettes englobant les cadrans et l’abandon des commutateurs à bascule sur la console centrale. La climatisation apparait en option, les jantes Rostyles en acier sont élargies à 6 pouces et les pneus sont désormais à structure radiale, contribuant à améliorer le comportement routier. Par contre, l’option boite manuelle disparait …

L’Interceptor fait des émules parmi les stars telles que Tony Curtis ou le batteur de Led Zeppelin qui s’affichent à son volant ! Plus près de nous, les fans de Fast and Furious remarqueront que Michelle Rodríguez conduit une Jensen Interceptor l’opus #6 de la franchise ou que Robbie Williams joue une parodie de James Bond au volant d’une Interceptor III dans la pub pour la marque de café Suisse « Café Royal » …

 

En août 1971, le catalogue Jensen propose une nouvelle version dénommée SP, en référence au moteur « Six Pack » de Chevrolet avec 3 carburateurs Holley et une cylindrée poussée à 7.212 cm3 qui délivre 385 cv SAE à 4700 tr/mn. Cerise sur le gateau, la Jensen Interceptor SP reçoit en série tous les équipements optionnels des Interceptor, incluant le système audio stéréo à 8 haut-parleurs, de nouveaux sièges et panneaux de portes, une console centrale restylée avec deux aérateurs supplémentaires. Seuls 232 exemplaires de SP seront construits avant l’arrêt du modèle en 1973.

Jensen Interceptor

En octobre 1971, l’Interceptor III rejoint la SP au catalogue. Elle reprend l’ensemble des évolutions intérieures et extérieures de la SP mais conserve le moteur 6.3 dont la puissance est ramenée à 300 cv SAE, pour rester dans les normes antipollution qui viennent de voir le jour. Il sera remplacé en mai 1972 par le 7.212 cm3 dans une version à faible taux de compression de 335 cv SAE. La Jensen Interceptor III (1971-1973) est un franc succès, ses ventes ayant égalé celles de toutes les précédentes versions réunies.

Jensen Interceptor

En octobre 1973, Jensen lance l’Interceptor III série 4. La plupart des spécialistes considèrent que la voiture a enfin atteint le sommet dans son développement. Le moteur V8 Chevrolet 7.212 cc offre une cinquantaine de cv supplémentaires et l’intérieur est totalement revu, proposant cuir et ronce de noyer en série. Mais le prix augmente aussi ce qui ralentit les ventes. En mars 1974, une version décapotable de l’Interceptor fait son apparition. 267 exemplaires seront produits. Mais il est bien tard, et en 1974 les comptes de l’entreprises sont dans le rouge. Après être passé successivement à travers 2 crises du pétrole, la société Jensen Motors n’a pas la capitalisation pour surmonter l’épreuve et dépose son bilan en 1975 et fermera ses portes l’année suivante, après avoir produit 6 408 exemplaires de l’Interceptor, de 1966 à 1976.

LA JENSEN INTERCEPTOR AUJOURD’HUI

L’Interceptor est une voiture mal connue en France, rare, atypique et pour tout celà, attachante. Construite avec les plus hauts standards de qualité, elle incarne une sorte de fusion entre le luxe « so british » des Bentley et la sportivité Aston ou Jaguar. Même si les premières séries sont considérées comme ayant utilisé des matériaux de meilleure qualité, l’Interceptor III est considéré comme l’apogée eshétique et technique de la voiture. Sous le capot, le V8 Chrysler 6.3 ne pose pas de problème de fiabilité et se révèle facile d’entretien. La transmission automatique est au moins aussi robuste que rustique et sa très grande douceur s’accorde bien au caractère de la mécanique. Comme toujours, il est très important de surveiller tous les niveaux (eau, huile, boite et pont) pour garantir la fiabilité de l’ensemble. Comme toujours sur les voitures de cette génération, le principal ennemi est la rouille. Les planchers, bas de portes, bas de caisse, passages de roue et tous les supports de moulures chromées devront être inspectés. Si vous optez pour une version SP, attention à la synchronisation des 3 carbus Holley qui n’est pas simple a effectuer. Quant aux version FF, les pièces spécifiques de la transmission et du freinage étant rares, il faudra privilégier un exemplaire déjà restauré. Les grincheux lui reprocheront une consommation hors-norme, mais personne ne songe à parcourir 20.000 km/an à son volant…

Jensen Interceptor

Le marché de l’Interceptor étant étroit, si vous voulez éviter la conduite à droite des modèles anglais, les chances de trouver une bonne Interceptor sont essentiellement en Suisse et aux USA.

LA COTE

La cote de l’Interceptor s’étire de 15.000 euros pour un véhicule en état 4 à 35.000 euros pour un exemplaire en état 2, selon la notation internationale de l’état des véhicules. La moyenne des transaction s’établit autour de 25.000 euros, les plus beaux exemplaires pouvant atteindre 45.000 euros. Ce n’est jamais que la moitié du prix pour une 911 !
Multipliez ces prix par environ 1,8 pour une rare FF à transmission intégrale …

LA TENDANCE

Naturellement à la hausse.

jensen Interceptor

NOTRE CHOIX

L’occasion de posséder une voiture aussi exclusive nous poussera vers un exemplaire en bon état. Nous laisserons les versions FF ou SP aux spécialistes de la marque pour nous orienter vers une « simple » Interceptor III qui est la version la plus aboutie. Cet exemplaire d’Interceptor III de 1973, noté 2,5 sur l’échelle de notation internationale de l’état des véhicules a changé de mains fin 2014 pour la somme de 29.000 euros. Les performances d’une 911, l’allure d’une Aston-Martin, le luxe et le confort d’une Bentley à ce tarif … il ne faut pas hésiter !